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L’obsession nucléaire de Poutine

dimanche 6 janvier 2019 par Charles Sterlin

Le chef du Kremlin ne cesse d’évoquer les risques d’une guerre nucléaire. Et profite du nouvel an pour se doter d’un nouveau missile hypersonique.

« Un magnifique cadeau du nouvel an à la nation. » Lorsque Vladimir Poutine s’exprime ainsi, il n’évoque pas une découverte médicale ou la mise au point d’une voiture électrique. Il salue le lancement d’un missile hypersonique « invincible ». Une arme testée avec succès le 26 décembre et capable d’assurer la sécurité du pays « pour des décennies ». Son nom ? Avangard. Sa caractéristique ? Voler avec une charge nucléaire ou conventionnelle à plus de vingt fois la vitesse du son dans les couches supérieures de l’atmosphère. Le tout en opérant des changements de trajectoire pour ne pas être intercepté. Tels sont du moins les atouts présentés par Moscou. « Ça a été beaucoup de travail et des percées technologiques dans plusieurs domaines » a déclaré le président russe. Un objet de fierté qui l’encourage à développer sa thématique militaire. Car Poutine a désormais une habitude : lorsqu’il intervient devant les caméras, il adore s’épancher sur les enjeux d’une confrontation nucléaire.
C’est le cas le 1er mars, lors de son discours annuel devant les parlementaires. Graphiques et vidéos à l’appui, il détaille durant une heure le nouvel arsenal dont se dote le pays pour parer aux menaces américaines. « Il y a vingt ans, personne ne nous prenait au sérieux. Personne ne nous écoutait. Eh bien, écoutez-nous maintenant ! » Quelques semaines plus tard dans un film intitulé Le Nouvel Ordre mondial, il échafaude l’hypothèse d’une catastrophe nucléaire et conclut par une remarque étrange. « En tant que citoyen russe et dirigeant de l’État russe, je me pose la question : à quoi bon ce monde s’il n’y a plus de Russie ? » Il récidive en octobre au cours d’une conférence du Club Valdaï organisée à Sotchi. Et, cette fois, il décrit les lendemains d’une conflagration. « L’agresseur doit comprendre que le châtiment est inévitable, qu’il sera détruit. Et nous, en tant que victimes d’une agression, en tant que martyrs, nous irons au paradis. Eux (les agresseurs), ils crèveront et n’auront même pas eu le temps de se repentir. »
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« Il frappe comme une météorite »
Enfin, le 20 décembre, lors de sa traditionnelle conférence de presse, il aborde à nouveau son sujet de prédilection. « Il y a des idées de créer des ogives nucléaires de faible puissance, lance-t-il devant 1 700 journalistes. La baisse du seuil d’utilisation de ces armes peut entraîner une catastrophe et la mort de notre civilisation. »

Une semaine plus tard, il est assis devant un écran géant aux côtés de son actuel ministre de la défense Sergueï Choïgou et un ancien titulaire du poste Sergueï Ivanov. L’Avangard est mis à feu depuis une base militaire située au sud de l’Oural. L’engin s’élance et vient toucher sa cible à 6 000 kilomètres de là, sur la péninsule du Kamtchatka. Le chef du Kremlin exulte. « Il frappe comme une météorite », avait-il prévenu. « On en possède des douzaines comme celui-ci, prêts à l’emploi », assure de son côté Sergueï Ivanov. Pourtant, l’affaire déclenche la paranoïa des autorités. Le FSB a ainsi arrêté deux responsables du projet accusés d’avoir eu un échange d’e-mails avec des Chinois et des Occidentaux. L’un des deux, Viktor Koudryavtsev, 75 ans, risque 20 ans de prison. Dix autres membres de l’équipe de développement font également l’objet d’une enquête. Mais, comme le dit Poutine : « Nous irons tous au paradis… »


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