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« Les guerres de Syrie ont touché le Liban sans contaminer les Libanais »

jeudi 25 octobre 2018 par Charles Sterlin

Dans sa chronique, Alain Frachon, éditorialiste au « Monde », observe que si le pays n’a pas cédé à la contagion syrienne, c’est le fruit d’un savant équilibre.

Chronique. Les Libanais, qui ne détestent pas l’autocélébration, pourraient parler de miracle. Ils ne le font pas, peut-être par superstition. Mais, ici, à Beyrouth, au moment où la Syrie compte ses plaies, on est tenté de saluer, prudemment, sinon un miracle libanais, du moins une étonnante performance collective : le pays du Cèdre a tenu.
Sept ans durant, la Syrie a été – et l’affaire est loin d’être finie – le théâtre d’un conflit qui a enflammé nombre de lignes de fracture traversant aussi le Liban. L’affrontement n’a pas débordé ou à peine. Aucune des mèches qui, allumées depuis le territoire syrien, aurait pu replonger les Libanais dans la guerre n’a franchi la frontière – la bataille entre les musulmans chiites et sunnites, entretenue par les parrains iraniens et saoudiens, est restée cantonnée au théâtre syrien.

Chapeau, les artistes ! Les guerres de Syrie ont touché le Liban sans contaminer les Libanais. Mais le chaos sanglant qui a ravagé le grand voisin ne s’en est pas moins fait durement sentir ici. Une des forces politiques libanaises – le Hezbollah, armé et financé par l’Iran – est entrée dans la guerre, à la demande de Téhéran. Formation dominante chez les chiites du Liban, le Hezbollah est venu appuyer, de façon déterminante, le régime de Bachar Al-Assad. Soutenu à bout de bras par Téhéran, le Syrien, membre d’une secte minoritaire proche du chiisme, a fini par triompher d’une insurrection dominée par les sunnites du pays.
Peurs et méfiance
Ceux-là ont fui les combats, massivement, et un million et demi d’entre eux ont trouvé refuge au Liban : rapporté à la population du pays (4 milllions), c’est un peu comme si la France avait dû accueillir seize millions d’immigrés. Dans un Liban qui compte déjà 400 000 réfugiés palestiniens, l’onde de choc de l’immigration syrienne secoue toutes les composantes du pays : 35 % de chrétiens, 30 % de musulmans chiites, 30 % de musulmans sunnites et 5 % de Druzes. Chacune...


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