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Haiti Sa kap kwit

Jovenel Moïse fait de l’improvisation, le pays est tèt anba », le diagnostic cru d’Evans Paul

lundi 24 septembre 2018 par Charles Sterlin

« Le pays est tèt anba. Un méli-mélo ! J’ai beaucoup de peine. C’est comme un bateau sans gouvernail qui ne sait quelle direction prendre. Il y a un capitaine, mais il est dépassé. C’est une cacophonie… »

National -
Voilà la réalité du pays décrite, sans langue de bois, par l’ancien Premier ministre Évans Paul. Allié du régime des Tèt kale, M. Paul appelle Jovenel Moïse à cesser de faire des promesses et à arrêter d’improviser.

Il est un ami du chef de l’État et a son représentant au sein du gouvernement. Évans Paul ne le nie pas. Cependant, il croit qu’il est nécessaire de dire à Jovenel Moïse les choses telles qu’elles sont. Pour l’ancien Premier ministre de Martelly, le pays est comme le Titanic en train de couler. À la différence, il estime qu’on peut encore éviter le naufrage.
19 mois depuis qu’il est arrivé au Palais national, Jovenel Moïse peine à trouver ses marques, selon l’ancien Premier ministre. Plusieurs raisons, a-t-il dit, peuvent expliquer cette situation. « D’abord, c’est le système. On n’improvise pas le poste de président, de Premier ministre, ni de ministre. Or, depuis un certain temps, c’est ce qu’on fait. Ma position est claire : la défaillance de l’État est la conséquence de la faiblesse des partis politiques », a affirmé M. Paul qui participait vendredi à l’émission Haïti Sa k ap kwit sur la Télé 20.
« Il y a plusieurs ministres actuels qui ignoraient complètement, il y a une semaine, qu’ils allaient occuper une telle fonction. Nous sommes dans une situation d’improvisation. Dans la formation du gouvernement, nous n’avons pas la mesure qu’il faut », a indiqué le leader de la KID, soulignant que, si l’équipe est désorganisée, on n’aura pas de résultat. « Le pays doit être agencé sur la base d’une vision claire », a-t-il dit.
19 mois après, Jovenel Moïse n’arrive pas encore à monter une équipe pour diriger avec lui. « C’est la vérité, mais c’est normal. Il improvise l’équipe. Monsieur Jovenel Moïse, avant d’être président, n’avait jamais été un militant politique. Il n’avait jamais été impliqué directement dans les affaires de l’État. Il était dans le secteur privé. Il est arrivé président à la faveur d’une circonstance. Une fois président, il a improvisé une équipe, un programme dans un État faible », a épilogué Évans Paul.
« Il a improvisé une caravane…Si vous regardez Jovenel Moïse vous verrez qu’il est affaissé physiquement, il a beaucoup travaillé, il est épuisé. Ce n’est pas une question de volonté, il a la volonté. Mais la volonté ne suffit pas. Il faut une équipe et une méthode, cela ne dépend pas d’une seule personne », a-t-il souligné.
Il est clair, selon Évans Paul, que Jovenel Moïse n’avait pas la formation pour être président de la République, mais il a été aux élections et il est de ce fait qualifié politiquement pour être président. « Le fait d’être qualifié politiquement pour être président ne veut pas dire que vous avez rempli toutes les conditions… », a-t-il fait remarquer.
Pour Évans Paul, il y a trop d’improvisations dans la politique en Haïti. Il précise que, quand il était Premier ministre, il y avait aussi de l’improvisation. Jovenel Moïse improvise ! L’ancien Premier ministre le dit tout haut en ajoutant que ce n’est pas une critique contre le chef de l’État, « mais un constat ».
« Prenons l’exemple de l’ancien Premier ministre Jack Guy Lafontant, c’est un grand médecin, mais cela ne veut pas dire qu’il était qualifié pour être Premier ministre », a évoqué l’ancien maire de la capitale.
Ce nouveau gouvernement avec à sa tête Jean-Henry Céant est encore un gouvernement improvisé, a avancé M. Paul. « Je pense que M. Céant a toute la qualification pour être Premier ministre, mais a-t-il une équipe ? Tout le monde sait que, théoriquement, c’est le Premier ministre qui forme le gouvernement, mais pratiquement les ministres sont proposés par d’autres personnes », a rappelé l’ancien Premier ministre.
En Haïti, on ne dit pas non au chef, au président de la République, a fait savoir Évans Paul pour qui c’est un gros problème. Mais il entend dire la vérité au chef de l’État. Malgré ses critiques, il admet ses relations particulières avec Jovenel Moïse. « Je suis un allié du pouvoir, mais j’ai toujours une indépendance d’esprit et je dis les choses telles qu’elles sont », a-t-il soutenu.
Il dit parler avec le locataire du Palais national assez souvent. « Je pense que le président Jovenel Moïse a fait trop de promesses. Il doit maintenant mesurer ses promesses parce qu’avant de faire une promesse, on doit savoir ce qu’on va faire pour la respecter », a-t-il prévenu.
L’ancien maire de Port-au-Prince a fait remarquer que les conditions qui ont provoqué les émeutes des 6, 7 et 8 juillet 2018, c’est-à-dire le chômage, la faim la cherté de la vie…, sont encore là. « La priorité aujourd’hui, ce sont des actions qui vont dans le sens des revendications immédiates du peuple qui ne peut plus attendre », a-t-il martelé.
Il a par ailleurs critiqué les pouvoirs publics qui, plus de deux mois après les évènements de juillet 2018, n’ont encore fourni aucune explication sur ce qui s’était passé ni dressé un bilan des dégâts. Puisqu’il n’y a pas eu un diagnostic sur ce qui s’est passé, Évans Paul estime qu’on ne peut pas éviter la répétition de ces situations dans le pays.
En guise de conseils au chef de l’État, Évans Paul appelle Jovenel Moïse à arrêter de faire des promesses, mais aussi de déléguer des pouvoirs pour avoir, a-t-il dit, la capacité d’évaluer et de superviser. Le président doit se donner des fusibles.

Robenson Geffrard
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