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Un arrêté communal pour faire face au problème des déchets à Port-au-Prince

jeudi 24 mai 2018 par Charles Sterlin

Un nouvel arrêté communal relatif à la gestion des déchets dans la commune de Port-au-Prince vient d’être pris par la mairie de Port-au-Prince en date du 16 mai 2018 en vue de réglementer la gestion des résidus urbains dans la capitale haïtienne.


Cet arrêté concerne notamment les ordures ménagères, les déchets encombrants domestiques, les déchets des commerçants, artisans et industriels ainsi que les déchets provenant du nettoyage des rues, marchés et espaces publics de la commune.
En prenant cet arrêté communal, le cartel municipal de la capitale entend saisir à bras-le-corps la problématique de la gestion des déchets devenue ces derniers temps, semble-t-il, insurmontable tant Port-au-Prince croule sous les immondices. Se voulant exhaustif, l’arrêté comporte des dispositions qui sont applicables à la fois aux ménages, aux entreprises commerciales et aux entreprises spécialisées dans la collecte des déchets.
« Il est interdit à tout individu ou institution de déposer, d’empiler des déchets sur la voie publique ou dans des espaces publics non dédiés à cette fin par la mairie », stipule l’article 2 de l’arrêté précisant que les déchets ménagers seront stockés et remis aux agents de la mairie lors du ramassage des déchets par les camions de l’administration municipale suivant l’horaire indiqué pour la zone ou le bloc. Il est prévu à cet effet qu’un avis de la mairie précisera les lieux fixés pour l’assemblage des déchets par zone d’habitation.
Par ailleurs, le présent arrêté fait obligation aux supermarchés et aux restaurants d’entreposer dans un récipient bien protégé les produits avariés, les déchets et tous autres éléments considérés comme rejets inutilisables ayant servi à la fabrication ou à la conservation de leurs produits. Faisant exigence à tout propriétaire d’activités commerciales susceptibles de générer des déchets, soit par leur personnel, soit par leur clientèle, de mettre des poubelles disponibles pour chaque surface de 4 mètres carrés de superficie. L’arrêté interdit formellement aux propriétaires d’activités commerciales de déposer des déchets et détritus résultant des activités de leurs services sur la voie publique.
« Cette interdiction concerne aussi les résidus provenant de matériaux de construction, de réparations et des débris d’affichage », précise l’arrêté obligeant toute entreprise commerciale, industrielle, agricole ou autre à soumettre le nom, l’adresse et les coordonnées de l’entreprise chargée de collecter les déchets au sein de leur établissement. « A cet effet, chaque entreprise opérant dans la commune devra remplir un dossier à la mairie dans un délai ne dépassant pas trois (3) mois après la publication du présent arrêté », peut-on lire dans le document officiel portant la signature de Ralph Youri Chevry, maire principal, Kettyna Belabe, maire adjoint, et Bernard Joseph, maire adjoint.
En outre, l’arrêté exige des entreprises spécialisées dans la collecte des déchets, pour exercer leurs activités sur le territoire de la commune, de s’enregistrer à la mairie. « Toute entreprise exerçant des activités de collecte des déchets dans la commune sans l’autorisation de la mairie sera interdite de fonctionnement », prévient l’arrêté en son article quatre soulignant que ces entreprises habilitées à procéder à la collecte des déchets pour le compte des entreprises commerciales, agricoles, industrielles ou autres devront disposer de ces déchets dans les sites indiqués par la mairie à cet effet (Truitiers et autres).
Et les sanctions applicables en cas de violation des dispositions de l’article 2 entraineront respectivement une amende de 10 000 gourdes au contrevenant et une amende de 50 000 gourdes en cas de violation des dispositions des articles 3 et 4.
Selon la Banque mondiale, Haïti a le taux de collecte de déchets solides le plus bas de la région Amérique latine et des Caraïbes (12,4 %) —loin derrière l’avant-dernier pays de la région, le Paraguay (57 %), et derrière des pays africains à bas revenus comme le Sénégal (21%), le Bénin (23%), le Mali (40%) et hors d’atteinte du Ghana avec un taux de collecte de 85 %.
Les nombreuses interventions effectuées par les institutions étatiques et les initiatives privées se révèlent donc jusqu’ici insuffisantes pour effectuer adéquatement le ramassage d’ordures. En 2015, Simon Dieuseul Desras, ancien ministre de l’Environnement, avait estimé que la production globale des déchets (industriels, commerciaux, hospitaliers, balayures) dans le pays dépassait les cinq millions de tonnes.
A Port-au-Prince, selon lui, la quantité moyenne de déchets générés est estimée à 6 000 m3 par jour. Seulement 30 % sont collectés. « Le reste est déversé dans les ravins, dans les rues particulièrement quand il pleut », avait-il déploré, indiquant que le taux actuel d’enfouissement des déchets est de 200 à 300 tonnes par jour. Sans oublier qu’une partie des déchets non collectés est incinérée par les ménages, faisant fi de l’impact sur la qualité de leur vie.

Patrick Saint-Pré


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