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Richard Barbot, mâitre dans l’art du portrait

jeudi 15 mars 2018 par Charles Sterlin

Ce n’est pas avec le portrait du célèbre chanteur Harry Belafonte dévoilé à New-York le 1er mars que le peintre Richard Barbot est entré dans la lumière. Le portrait de Sanite Bélair sur nos 10 gourdes, celui de sa majesté Mohammed VI roi du Maroc, de la chanteuse Lauryn Hill sont parmi les highlihts de sa brillante carrière amorcée dans les années 80. Portrait d’un peintre de chez nous qui peint plusieurs grandes personnalités de notre monde.

Une paire de " blue jeans " tâchée de peinture, un t-shirt aussi banal que la paire de sandales qu’il chausse…Richard Barbot ne s’habille pas ce jour-là à la dimension de sa renommée. L’on commente dans notre tête : " Trop de modestie dans le look pour quelqu’un qui fait le portrait de si grandes personnalités.
Des tubes de peinture éparpillés ça et là, des pinceaux les uns plus longs que les autres disposés sur des étagère et quelques tableaux mal rangés, donne à l’atelier un air de bazar pour artiste ou une de ces galleries d’art de Pétion-Ville. Du jazz se diffuse subtilement dans l’espace, suscitant en nous une de ces envies de farniente dans cette maison perchée dans les hauteurs du vieux Port-au-Prince.
S’il n’était pas peintre, le benjamin des 3 enfants Barbot serait probablement architecte d’intérieur, consultant en feng-shui… De toute façon, son autre métier aurait requis une âme d’artiste comme base. " Contrairement à mes aînés qui se sont dirigés vers la médecine, moi, j’ai opté pour l’art après le bac, " confie l’homme qui a bouclé en 1986 un cursus en arts plastiques à l’Université du Québec à Montréal. On ne va pas le taxer de " musicien du dimanche ", même s’il considère cette autre corde à son arc comme étant moins importante en comparaison à la peinture. Il est quand même passé par la guitare sèche et la flûte avant de devenir un bassiste assez sollicité sur le marché haïtien.
Quoique sa famille a longtemps connu l’exil au Canada à cause de la dictature, Richard a toujours fait une place dans son cœur à notre pays qu’il a laissé depuis sa plus tendre enfance. " Menm se yon alimèt ki soti Ayiti yo pote nan kay la, m te toujou konsève li lwen pou m te ka rete an kontak ak peyi m ", affirme-t-il. En plus de ça, dès 9 ans, il reçoit en cadeau un livre baptisé " Mon merveilleux musée ". Il va longtemps lui servir de livre de chevet et lui permet de découvrir précocement le travail de grands maîtres comme Léonard de Vinci, Picasso… qu’il idéalise. Dans le panthéon haïtien, il avoue avoir un faible pour Jacques-Enguerrand Gourgue.
Peu de temps après sa graduation, il regagne l’alma-mater. Il enseigne à l’Enarts pendant plusieurs années. Il s’essaie aux divers aspects de son art. " Mes acquis académiques, témoigne-t-il, se sont confrontés avec ce qui prévalait en Haïti à l’époque". Reste que ses portraits auront particulièrement contribué à conforter sa réputation par-dessus tout. " L’essence du portrait, ce n’est pas de restituer fidèlement la morphologie du visage mais plutôt de capter l’expression, faire ressortir le caractère du personnage ", explique le peintre.
Quand il a lui fallu en 2004, à la solde de la BRH dans le cadre du bicentenaire, dessiner le portrait de Sanite Belair qu’on retrouve sur les billets de 10 gourdes, il a dû effectuer beaucoup de recherches pour tenter d’être le plus authentique que possible. " Quand il s’agit, dit-il, d’un personnage qui a vécu à une époque lointaine où la photographie n’existait pas encore, il convient non seulement de faire des recherches pour trouver des descriptions physiques dignes de foi mais aussi de faire ressortir l’essence de son être. Ensuite il faut se mettre dans la peau du disparu dont on esquisse le portrait ". Pour les personnes vivantes, c’est plus facile mais pas question non plus pour lui de faire un copier-coller d’une photographie.
Pour pouvoir produire, Richard fait en sorte de ne pas avoir de rendez-vous afin de pouvoir mieux se concentrer. Il lui faut de la musique, de la solitude. Il n’a pas une heure fétiche. " Je peux peindre à 2h du matin ou à midi. Parfois, je sirote une boisson énergisante tandis que j’applique la peinture sur la toile ", conte-il. Il n’aime pas trop les deadlines mais il sait s’y conformer.
Le plasticien a récolté durant sa longue carrière des prix dont le " Premier prix du concours du cercle des artistes peintres du Québec " en 1985. Diaspo-Art, la même année. Ses œuvres ont été exposées tant en Haïti, qu’à Montréal ou New-York.
Il faut dire que New-York lui porte chance même s’il n’y a jamais vécu longuement. Et pour cause c’est grâce à ses passages éclairs dans cette ville qu’il a pu être repéré par ceux qui lui permettront de travailler pour les grands de ce monde.
Au début de l’année en cours les proches de Harry Belafonte, virtuose du calypso, qui avaient déjà vu son travail l’ont contacté pour qu’il fasse le portrait du chanteur qui a célébré le premier mars 2018 ses 91 ans. Le tout-Manhattan mêlé au gratin d’Hollywood a ovationné le dévoilement du tableau peint par Richard dans le cadre d’une cérémonie grandiose organisée au City College center of the arts. La vedette américaine a été très émue par cette surprise qui a été conçue en Haïti. " Cette expérience a prouvé que d’Haïti peut provenir de la qualité. J’ai été quelque peu gêné par autant de sollicitude de la part des animateurs et du public", raconte notre compatriote.
Mais son contact avec les grands de ce monde ne date pas de 2018. En 2004 il lui a été demandé de faire le portrait de sa majesté Mohammed VI, roi du Maroc. Si le tableau est parvenu au dignitaire, Richard confesse qu’il ne s’est pas rendu en Afrique pour la livraison comme c’était le cas pour Belafonte. En 1998, Malany Hill, le père de Lauryn Hill, lui a demandé de faire le portrait de la chanteuse pour son anniversaire. C’est à l’issue du concert mythique du groupe Fugees sur la place d’Italie, dans les nineties, auquel il a pris part qu’il a pris part qu’il a rencontré le père de la chanteuse. " Après lui avoir montré les photos de mes tableaux il organisé en mon honneur, dans le New-Jersey, une exposition. Après cette activité, il m’a fait part de son désir de gâter sa fille avec un tableau à son éphigie ", confesse notre interlocuteur.
Il définit son art comme étant lyrique. " Je ne me confine pas à ce qui est à la mode. Je me libère du joug de vouloir plaire ou choquer. Moi, je tiens compte de ce qui me traverse. Tout ce qui vient de l’intérieur est authentique ", affirme-t-il. " Quelqu’un, ajoute-t-il, qui œuvre dans un secteur qu’il adore ne peut qu’être épanoui ".
Vue ses clients, il paraît vain de dire que dans son cas que l’art nourrit son homme. Son cours de dessin dispensé à la faculté des sciences une fois par semaine ne lui permettrait pas par exemple de s’occuper de son fils unique qu’il a eu de son premier mariage qui s’est ensuite périclité. " L’enseignement, dit-il, c’est pour transmettre ce qu’on a reçu en don ". Parmi ses anciens élèves, on peut compter d’autres grosses pointures comme Thierry Barthold et Philippe Attié.
Richard met le cap sur une exposition à New York en fin d’année, il va se consacrer durant les mois à venir à préparer cette grande collection

Chancy Victorin


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