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Quand l’Etat veut, il peut

mercredi 14 mars 2018 par Charles Sterlin

Il a fallu que les plus hautes autorités de l’État tapent du poing sur la table pour que la grève qui paralysait les douanes du pays soit levée.

Editorial -

Avec la mesure de révocation provisoire des permis de port d’arme des douaniers, le gouvernement, semble-t-il, était disposé à aller jusqu’au bout pour faire fonctionner les douanes. Les douaniers grévistes ont bien saisi le message. Ils ont vite trouvé un modus operandi pour mettre fin à leur mouvement. Les deux parties aménagent une sortie honorable. La sous-traitance, le commerce et tout le pays peuvent respirer.
À travers la grève des douaniers, les autorités haïtiennes ont montré qu’il leur reste encore un peu d’autorité, surtout quand de grands intérêts sont en jeu. Une grève illimitée des douaniers constitue un poids trop lourd pour un pays comme Haïti avec une économie en lambeaux. Les grévistes avaient-ils saisi l’enjeu de leur mouvement ? Peut-être on ne saura jamais la réponse ; ce n’est pas non plus la plus importante. Il vaut mieux se réjouir de la trêve observée ou l’entente qui aurait été conclue entre les deux parties sur le sujet qui constituait la pomme de discorde. Le ministère des Finances n’a fait état d’aucun accord signé avec les grévistes.
Et si l’État utilisait la même fougue, la même célérité et la même autorité qu’il a usée pour rouvrir les douanes, pour aborder d’autres problèmes urgents auxquels le pays est confronté ? La Maternité Isaïe Jeanty, où des petites bourses reçoivent des soins de santé, est fermée depuis plusieurs jours à cause d’un groupe d’anciens contractuels qui exigent leur intégration dans l’administration publique. Parallèlement, dans plusieurs régions du pays, les écoles nationales sont en grève depuis plusieurs semaines. Les élèves ont dû gagner les rues pour exiger la reprise des cours. Ces deux problèmes sont-ils plus compliqués que celui de la douane ? L’État n’a-t-il pas l’autorité pour les résoudre ?
Le problème des hôpitaux publics et des écoles nationales ne date pas d’hier. Les mots d’ordre de grève y sont récurrents. L’État peine à trouver la bonne formule pour permettre leur bon fonctionnement. S’agit-il d’une impuissance ou de l’insouciance ? Peut-être que par rapport à la douane, la Maternité Isaïe Jeanty et les écoles publiques peuvent attendre. Peut-être que ces institutions peuvent attendre parce qu’elles ne rapportent pas de l’argent dans les caisses de l’État. Tout cela est vrai. Sauf que nos autorités oublient que des citoyens bien formés et une population en bonne santé sont deux parmi les éléments dont un pays a besoin pour se développer. S’investir corps et âme dans la santé des gens et dans l’éducation des enfants ne sera jamais une perte.
Après la réouverture des douanes, attendons que l’État se penche sur le cas de la Martenité Isaïe Jeanty et sur celui des écoles publiques paralysées depuis plusieurs semaines.

Jean Pharès Jérôme
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