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Washington frappe Al-Qaida en Syrie

lundi 9 janvier 2017 par Sterlin Charles

Quatre cadres du Front Fatah Al-Cham ont été tués depuis de début de l’année. Jusqu’alors, Washington l’avait plutôt ignoré.

La province d’Idlib deviendrait-elle le pendant syrien de la région yéménite du Hadramaout, où les Etats-Unis multiplient les frappes contre le réseau Al-Qaida ? Vendredi 6 janvier, au moins trois personnes ont été tuées à Taftanaz, une localité proche de la ville d’Idlib (nord-ouest de la Syrie), par l’attaque d’un drone qui a visé des membres du Front Fatah Al-Cham, la nouvelle appellation du Front Al-Nosra après que ce dernier a rompu formellement ses liens avec Al-Qaida à l’été 2016. Une rupture à laquelle Washington ne croit pas.

Dans l’après-midi du 6 janvier, le groupe djihadiste a annoncé « la mort en martyr du cheikh Younes Shoeyb [Abou Al-Hassane Taftanaz], membre du conseil consultatif du Front Fatah Al-Cham, ainsi que de son fils après une frappe de l’aviation de la coalition croisée ».

Ancien émir d’Alep du Front Al-Nosra et décrit par des sources locales comme très proche de son chef, Abou Mohammed Al-Jolani, Younes Shoeyb est déjà le quatrième cadre djihadiste lié au Front Fatah Al-Cham à être ciblé depuis le début de l’année en Syrie. Le 1er janvier, Abou Khattab Al-Kahtani, un ancien membre d’Al-Qaida dans la péninsule Arabique (la branche yéménite du réseau), a été tué avec un commandant syrien du Front Fatah Al-Cham et d’un dirigeant du Parti islamique du Turkestan, une formation ouïgoure pro-Al-Qaida qui compte des centaines de combattants en Syrie. Le 3 janvier, c’est le quartier général du Front Fatah Al-Cham de la ville de Sarmada qui a été visé, une vingtaine de ses combattants ont péri.

Les djihadistes cherchent à unifier
les rebelles pour les diriger

Le porte-parole du Pentagone a reconnu les frappes des 1er et 3 janvier : « Al-Qaida reste déterminée à mener des attaques terroristes contre les Etats-Unis, nos intérêts, nos alliés et nos amis. Nous continuerons à prendre des mesures pour empêcher que la Syrie devienne une base de repli pour Al-Qaida. »

Selon le Washington Post, Barack Obama aurait ordonné au Pentagone de traquer et de tuer les dirigeants du Front Fatah Al-Cham. Un tournant : l’administration américaine avait jusqu’alors plutôt ignoré le groupe, se bornant ces dernières années à cibler des militants d’Al-Qaida connus pour avoir passé du temps dans la zone afghano-pakistanaise et pour leurs liens avec la direction centrale du réseau, tout en épargnant les infrastructures et les membres syriens du mouvement, devenu l’un des plus puissants de la rébellion contre Bachar Al-Assad.

Dernière province contrôlée par la rébellion syrienne (hors organisation Etat islamique), Idlib est une place forte du Front Fatah Al-Cham et de l’Armée de la conquête, une alliance militaire qui rassemble le groupe djihadiste et une dizaine de groupes radicaux. Avec la chute d’Alep, l’ancienne branche d’Al-Qaida a relancé, pour l’instant sans succès, une campagne politique agressive en faveur de la dissolution des factions rebelles dans un nouvel ensemble unifié… qui tomberait de facto sous son influence, craignent ses opposants.


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