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Le panda de Washington, victime collatérale du « shutdown »

vendredi 4 janvier 2019 par Charles Sterlin

Conséquence de l’impasse budgétaire qui paralyse une partie des administrations américaines, les caméras qui filment les pandas du zoo ont été éteintes. De notre correspondante à Washington, Hélène Vissière

Depuis deux jours, au lieu de l’image de l’enclos habituel, c’est un écran noir qui accueille les visiteurs sur le site internet du zoo national de Washington. Conséquence de la bataille budgétaire entre Donald Trump et les démocrates, la direction du zoo a dû éteindre les deux webcams qui suivent 24 heures sur 24 les faits et gestes des trois pandas géants pensionnaires. Un drame pour des milliers d’Américains. Tian Tian, Mei Xiang et Bei Bei sont immensément populaires aux États-Unis et ils ont droit à deux caméras qui les filment en train de mâchouiller leur bambou ou de roupiller dans un coin. On peut suivre également en direct le quotidien de l’éléphant, du lion et du rat-taupe nu, mais ils ont beaucoup moins de succès.
« Les caméras des animaux demandent des ressources fédérales, principalement une équipe pour tourner et diffuser les images. Elles sont considérées comme non essentielles et donc ne feront plus de diffusion en direct jusqu’à ce que le gouvernement rouvre », indique le site du zoo. Mais qu’on se rassure, Donald Trump n’aura pas la mort des bestioles en cage sur la conscience. « On continue à nourrir et à s’occuper de tous les animaux », assure le site.
Paralysie
Depuis le 22 décembre, un quart du gouvernement fédéral est paralysé par un « shutdown » qui a contraint un certain nombre de services à fermer et bloque le paiement des salaires de centaines de milliers de fonctionnaires. Tout cela à cause d’une impasse budgétaire. Donald Trump veut inclure dans la loi de finances une enveloppe de 5 milliards de dollars pour construire un mur à la frontière avec le Mexique. Or, les démocrates qui ont pris le contrôle de la Chambre des représentants ne lui en offrent que 1,3 milliard. Et chacun campe sur ses positions. Trump ne veut pas avoir l’air de perdre la face et de céder, car il craint de s’aliéner sa base électorale. Quant aux démocrates, ils sont hostiles au mur et à la politique d’immigration du président et ne sont pas très motivés pour proposer des concessions. Depuis deux semaines, il n’y a quasiment pas eu de négociations et une réunion organisée mercredi à la Maison-Blanche n’a rien résolu. La Chambre des représentants a bien voté jeudi soir deux mesures pour mettre fin au « shutdown », mais sans argent supplémentaire pour le mur. Le chef de file des républicains au Sénat a d’ores et déjà assuré qu’il n’entendait pas soumettre au vote ces deux textes puisque Donald Trump y est opposé. C’est donc le blocage et personne ne sait quand va s’achever ce bras de fer.
« Ce shutdown va trop loin »
Au grand dam des admirateurs de Bei Bei et de ses copains qui semblent être beaucoup plus malheureux d’être privés de pandas que de fonctionnaires, à en juger par les commentaires sur Twitter. « Vous manquez TANT à Tante Joy ! ! ! ! Les journées ne sont plus les mêmes », se lamente une fan, à grand renfort d’émojis.

« La vidéo des pandas au zoo national s’est éteinte. Ce shutdown va trop loin », écrit un autre.

Pour les accros qui ne supportent pas ce sevrage forcé, certains postent des vidéos inédites de pandas prises avant. D’autres proposent des alternatives…

Junk food
Les pandas prêtés par la Chine pour quatre ans ont autant de fans qu’une rock star aux États-Unis. En 2015, quand Mei Xiang a donné naissance à des jumeaux, près de 900 000 personnes se sont connectées à la webcam braquée sur la famille. À chaque naissance, on organise une consultation nationale sur le nom à donner au bébé et Michelle Obama, du temps où elle était première dame, a dû participer à une cérémonie de baptême. Une fascination stupéfiante et assez incompréhensible pour les Chinois. Et quand les pandas repartent en Chine, c’est un quasi-deuil national. Ils sont emmenés avec escorte policière jusqu’à l’aéroport et certains fans sont allés jusqu’à rendre visite à Tai Shan, lorsqu’il a été rapatrié dans un zoo de Chengdu. Les gardiens chinois se plaignent d’ailleurs qu’ils reviennent avec des habitudes diététiques déplorables – ils adorent les crackers américains et boudent le pain chinois et ne mangent pas forcément le bon type de bambou – et ne comprennent que l’anglais.
Parmi les dommages collatéraux du « shutdown », outre le zoo, plusieurs musées ont dû fermer leurs portes ainsi que le bureau des mariages au service de l’état civil de Washington. Sans oublier les 800 000 fonctionnaires qui doivent se serrer la ceinture faute de salaire. Cette situation risque de s’éterniser si l’on en juge les propos de Mitch McConnell, le leader républicain du Sénat. « Nous espérons que, d’une manière ou d’une autre, dans les jours ou les semaines qui viennent, nous pourrons arriver à un accord », a-t-il déclaré.
En attendant, les fanas de panda peuvent toujours se brancher sur la webcam du zoo privé de San Diego qui, elle, continue à filmer les passionnantes journées de Bai Yun et Xiao Liwu, deux autres pandas géants.


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