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Popularité, armée européenne, économie : Trump s’en prend à Macron

jeudi 15 novembre 2018 par Charles Sterlin

Dans une série de tweets, le président des États-Unis a violemment critiqué son homologue français. Avant de lancer : « MAKE FRANCE GREAT AGAIN. » Source AFP

La série de tweets est violente. Donald Trump a critiqué Emmanuel Macron en s’en prenant à la fois à sa popularité, à son taux de chômage et à son projet d’armée européenne. « Le problème est qu’Emmanuel Macron souffre d’une très faible cote de popularité en France, 26 %, et un taux de chômage à près de 10 % », a écrit le locataire de la Maison-Blanche. « Il n’y a aucun pays plus nationaliste que la France, des personnes très fières, à juste titre », a-t-il poursuivi, avant d’écrire, dans un autre tweet et en lettres capitales, « MAKE FRANCE GREAT AGAIN », en écho à son slogan de campagne « Rendre à l’Amérique sa grandeur ».
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The problem is that Emmanuel suffers from a very low Approval Rating in France, 26%, and an unemployment rate of almost 10%. He was just trying to get onto another subject. By the way, there is no country more Nationalist than France, very proud people-and rightfully so !........

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......MAKE FRANCE GREAT AGAIN !
« Ils commençaient à apprendre l’allemand à Paris avant que les États-Unis n’arrivent »
Le président américain a tweeté à cinq reprises à propos de la France et d’Emmanuel Macron, ironisant sur l’occupation allemande pendant la Seconde Guerre mondiale pour justifier son opposition à la création d’une armée européenne et s’en prenant aux pratiques commerciales de son allié historique. Une série de tweets acerbes, en contraste avec la proximité affichée autrefois par les deux hommes, notamment au cours de la visite d’État de M. Macron à Washington en avril 2018. « Emmanuel Macron a suggéré la création de leur propre armée pour protéger l’Europe contre les États-Unis, la Chine et la Russie. Mais c’était l’Allemagne dans la Première et la Seconde Guerre mondiale », a écrit le président américain après avoir passé le week-end en France pour commémorer, avec de nombreux chefs d’État, le centenaire de l’armistice de la Première Guerre mondiale.

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Emmanuel Macron suggests building its own army to protect Europe against the U.S., China and Russia. But it was Germany in World Wars One & Two - How did that work out for France ? They were starting to learn German in Paris before the U.S. came along. Pay for NATO or not !

« Comment ça a marché pour la France ? Ils commençaient à apprendre l’allemand à Paris avant que les États-Unis n’arrivent », a-t-il ironisé, faisant référence, sur un ton moqueur, à l’occupation allemande pendant la Seconde Guerre mondiale. Le président Macron a proposé la semaine dernière la création d’une « véritable armée européenne » pour protéger le Vieux Continent. Il a également évoqué la nécessité de se « protéger de la Chine, de la Russie et même des États-Unis d’Amérique » dans le domaine du cyberespace. Vendredi 9 novembre, à peine arrivé à Paris pour ces commémorations, il avait déjà dénoncé, avec virulence sur Twitter, cette idée du président français.
Plusieurs parlementaires français d’opposition ont appelé à « taper du poing sur la table ». L’ambassadeur de France à Washington, Gérard Araud, s’est lui fendu d’un tweet en anglais pour rétablir la « vérité » : « Le président Emmanuel Macron n’a pas dit que l’Union européenne avait besoin d’une armée contre les États-Unis. Cela a été mal rapporté par la presse », a-t-il dit. Sur l’armée européenne, Paris a en tout cas reçu mardi le renfort de la chancelière allemande Angela Merkel, qui a plaidé pour ce projet comme « bon complément de l’Otan ».
Lire aussi L’armée européenne, un vieux projet plein d’avenir
Trump justifie l’annulation d’un déplacement
Dans sa série de messages, Donald Trump a également tenu à justifier l’annulation, samedi 10 novembre, d’un déplacement prévu au cimetière américain du Bois Belleau, dans le nord de la France, en raison du mauvais temps, une décision qui avait suscité interrogations et critiques. « Quand l’hélicoptère ne pouvait pas voler pour le premier cimetière en France à cause d’une visibilité proche de zéro, j’ai suggéré la voiture. Le Secret Service [le service de protection de la Maison-Blanche, NDLR] a répondu NON », a écrit Donald Trump.

By the way, when the helicopter couldn’t fly to the first cemetery in France because of almost zero visibility, I suggested driving. Secret Service said NO, too far from airport & big Paris shutdown. Speech next day at American Cemetary in pouring rain ! Little reported-Fake News !
— Donald J. Trump (@realDonaldTrump) 13 novembre 2018

Le dirigeant américain s’en est aussi pris, sur le terrain commercial, à la France. « Le problème est que la France rend la tâche très difficile aux États-Unis de vendre son vin en France et applique des tarifs élevés, alors que les États-Unis rendent ça facile pour les vins français et appliquent de très bas tarifs », a-t-il accusé, appelant au changement.
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On Trade, France makes excellent wine, but so does the U.S. The problem is that France makes it very hard for the U.S. to sell its wines into France, and charges big Tariffs, whereas the U.S. makes it easy for French wines, and charges very small Tariffs. Not fair, must change !

« Une relation pas toujours facile »
L’Élysée a relativisé la portée de la série de tweets. La présidence française s’est refusée « à tout commentaire » officiel. Un conseiller de la présidence a cependant estimé que ces tweets étaient « faits pour les Américains, sinon ils ne seraient pas écrits en anglais ». « Nous n’avons pas à commenter les contenus qui sont dédiés à ses concitoyens », selon lui. « Donald Trump est arrivé parmi les premiers à Paris, et a réservé son premier entretien au président Macron. Ces signaux ont une valeur bien plus grande que des tweets dont on sait comment et pourquoi ils sont faits », a-t-il ajouté au cours d’un déjeuner organisé par l’Association de la presse présidentielle. Pour lui, « la relation entre Emmanuel Macron et Donald Trump n’est pas toujours facile mais elle est continue. [...] Au-delà des tweets, ce qui importe, c’est qu’ils se parlent plusieurs fois par semaine, et qu’ils évoquent les sujets qui perturbent la marche du monde. »
L’ex-secrétaire d’État démocrate John Kerry a regretté l’attitude du président républicain, qui « a déclaré son amour pour Kim Jong-un », le dirigeant nord-coréen, « mais insulte notre plus vieil allié ». « Arrêtez de tweeter ! L’Amérique a besoin d’amis », a-t-il ajouté. Mais la porte-parole de la diplomatie américaine a balayé la polémique. « Beaucoup de bruit pour rien », a estimé Heather Nauert, réaffirmant la relation « étroite » avec la France, « un de nos plus anciens et importants alliés ».
Pour Marie-Cécile Naves, spécialiste des États-Unis à l’Institut de relations internationales et stratégiques, Donald Trump « instrumentalise sa relation avec le président Macron pour faire passer des messages de politique intérieure » et donner « une image des États-Unis combatifs, seuls contre tous qui ne se laissent pas dicter d’agenda par des pays étrangers ».
Jusqu’ici relativement épargné, Emmanuel Macron découvre, comme l’Allemande Angela Merkel ou la Britannique Theresa May avant lui, les foudres du 45e président des États-Unis, souvent soupçonné de mieux s’entendre avec les hommes forts de pays adversaires qu’avec ses propres alliés.


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