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Fanm pa dra

mercredi 29 août 2018 par Charles Sterlin

Je ne ferai pas de citations. J’éprouve de la réticence à reproduire les saletés que l’on peut entendre aujourd’hui sur la femme ou les femmes, dans les rues assaillies par le vacarme des haut-parleurs ; dans les maisons où l’on n’a plus droit au repos et à la sérénité tant des « clubs » installés à la va-vite dans n’importe quelle cour, n’importe quel hangar viennent vous agresser avec leur « musique » ; sur les ondes de certaines stations de radio ; dans des lieux publics.
Je ne tiens pas ici discours de puritain. Les pratiques et orientations sexuelles entre adultes sont leur affaire, et ce n’est pas de cela qu’il s’agit ici.
Il est question plutôt d’un discours sexiste, dévalorisant, traitant les femmes de saletés toujours à vendre, qu’on peut renvoyer quand elles ne tiennent pas leur part du marché, passer ou abandonner à un autre, frapper même. Ce sont des choses effroyables que des hommes disent et mettent en musique sur les femmes, que des hommes plus âgés et mieux armés économiquement invitent des jeunes filles à danser en attendant la suite dans des rapports qui ont tout de l’exploitation de la vulnérabilité.
Le discours n’est pas que dévalorisant, il est violent, menaçant. Et il influe sur les comportements autant qu’il les reproduit.
S’il est dangereux de sombrer dans un passéisme qui voudrait que tout fut meilleur avant (c’est l’avant qui a produit l’aujourd’hui), cela n’interdit pas de constater l’ampleur de la dégradation du discours public, et donc des valeurs humaines au sein de cette société.
Honte à ceux qui écrivent ces horreurs ! Honte à ceux qui les chantent ! Honte à ceux qui appliquent ces consignes dans leurs relations avec les femmes ! Honte à ceux qui leur donnent des abris, les véhiculent ! Honte aux responsables qui laissent faire et laissent les organisations féministes dans une solitude qui limite l’efficacité de leurs protestations !
Nous vivons dans une société où le discours qui est proposé à la jeunesse urbaine, en particulier en milieu populaire, est que les femmes sont des salopes et des marchandises. Et cela continue, s’amplifie au propre comme au figuré. Cela a quelque chose de terrifiant.
Par tempérament, même par conviction, on peut avoir des problèmes avec les mesures d’interdiction, sauf appel déclaré à la violence. Il en est, contre les femmes, dans les textes de certaines « musiques ». Mais, plus efficace et plus démocratique que l’interdiction, il existe le boycott et la protestation comme procédures pour combattre ces discours et ces comportements avilissants.
C’est en masse que, femmes et hommes, nous devrions combattre ces discours, écrire aux médias qui les véhiculent, aux syndicats des transports publics, aller devant les lieux où on les joue et danse, pour dire non.
Oui, il y a PetroCaribe, la corruption, mais il y a cela aussi. Non moins important. Une société qui parle ainsi de la femme, qui offre cette image de la femme à sa jeunesse, de quelle valeur humaine peut-elle se prévaloir ? Ne sommes-nous plus ici que des brutes ou des bêtes ?

Antoine Lyonel Trouillot
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