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Les haïtiens aiment le konpa, les antillais en sont passionnés…

vendredi 27 juillet 2018 par Charles Sterlin

National -

Imaginez un documentaire dans lequel la culture haïtienne,à travers sa musique de bal, est à l’honneur. 90 minutes durant lesquelles les musiciens et la musique Konpa sont racontés avec une verve et une fougue inégalées.

Le film se déboutonne devant nos yeux, nous offrant une succession de scènes de joie et d’allégresse entremêlées tantôt de mélancolie et de regrets. Un magnifique montage qui montre le travail de fourmi de Miguel Octave, réalisateur de : « Martinique seconde patrie du Konpa ? »
Le point d’interrogation à la fin du titre est sans doute un zeste de modestie pour ne pas froisser les autres fans d’Europe, d’Afrique, de la Guadeloupe, de la Guyane, du Panama qui a consacré officiellement, Tabou Combo groupe panaméen... Ces Antillais n’ont aucune retenue quand il s’agit d’exprimer leur passion pour le Konpa. D’ailleurs, ils ne parlent pas de la deuxième patrie, mais de la seconde, ce qui arrête le compte à deux. Serait-ce par politesse qu’ils nous concèdent la première place ? Cela ressemblerait à l’histoire du beau-père qui affectionne l’enfant plus que le géniteur.
Afin de vous faire vivre ce délire d’admiration, donnons la parole à Miguel qui présentait, lors d’une discussion virtuelle, son disque Konpa préféré : « L’Évangile »des Shleu Shleu.
« Cet album dépasse toute analyse technique de musicologues et de spécialistes. C’est juste un orgasme musical. Et quand c’est fini, on reste encore sous le charme absolu de la batterie de Smith Jean-Baptiste, du sax de Tony Moïse, des guitares d’Édouard Richard et Milo Toussaint et des voix d’Hans Chérubin et Jean-Claude Pierre-Charles… »
Et, tant qu’à être dithyrambique, ne le faisons pas à demi… Notre cinéaste poursuit ainsi son plaidoirie :
« C’est un album qu’on peut oublier d’écouter pendant des mois, et le jour où on le repose sur sa platine, on se flagelle. Car on se rend compte qu’on a vécu dans les ténèbres sans lui…C’est ce qui fait sa force, sa remanence,sa persistance, son magnétisme, son immortalité…et c’est ce qui le fera incontestablement survivre à la fin de l’humanité. »
Dans une semaine, le Konpa aura 63 ans. Ce film de Miguel lui redonne une jeunesse. Je vous le recommande, il sera en projection, gratuitement, en différents lieux transformés en salles de cinéma pour la circonstance. Tel est le vœu du réalisateur qui offre le film à Haïti.
Ce qui lui importe ; c’est qu’on en débatte autour du Konpa. Le Konpa, selon beaucoup d’Antillais, a révolutionné l’approche musicologique de la jeunesse antillaise jusqu’à provoquer l’invention du zouk. Le rythme mérite ce coup de projecteurs et les musiciens d’être chouchoutés et câlinés.
Le Konpa est la bande sonore du film de vie de plusieurs générations d’Antillais. Une musique abondamment consommée aux Antilles et en France, également dans la diaspora haïtienne. C’est ce qui a consolidé la longévité commerciale du rythme de Nemours Jean-Baptiste.
La musique Konpa est également un refuge de souvenirs. Un premier baiser, une déclaration émue ; c’est un véhicule à voyager dans le temps.
L’Antillais, à différents points de vue, est l’être humain qui ressemble le plus à l’Haïtien. Pas étonnant que le Konpa soit rapidement devenu le pont culturel entre ces deux peuples. Il est plutôt regrettable qu’on n’ait pas approfondi nos relations.
Le monde latin de la salsa a compris l’importance du renforcement régional et culturel, et ils en tirent largement profit.
L’Afrique, l’Amérique latine sont des forteresses ouvertes au Konpa. Tabou Combo, Coupé Cloué ont fait des percées en Afrique francophone, au Panama et en Colombie… Dadou et le Magnum Band ainsi que Tuco Bouzi y ont eu leurs moments de gloire. Mais rien de soutenu par une stratégie marketing et une promotion appropriées à ces marchés.
Les labels Fania All Stars, et RMM ont compris ce qui nous a échappé : la création d’un produit régional soutenu par des mégagroupes résultant de la combinaison de musiciens surdoués. Kassav, Zouk Machine et le label antillais d’Harold Singamalon Section Zouk ont envahi la Caraïbe et l’Afrique avant d’entamer la conquête européenne. Du plus simple au plus compliqué, c’est la règle de base.
Mais le film de Miguel Octave n’entre pas dans ces considérations marchandes. Il raconte simplement et tendrement une histoire d’amour entre une musique et ses fans. Les Martiniquais nous démontrent que si jouer de la musique est un art, savoir l’apprécier en est un autre. Par-delà notre histoire et notre africanité communes, le Konpa aura rapproché nos deux peuples.
Pour les 63 ans du Konpa, ce film : « Martinique seconde patrie du Konpa ? » est la cerise sur le gâteau !
Aly Acacia
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