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Comment les États-Unis tentent de faire plier la Chine

lundi 26 mars 2018 par Charles Sterlin

L’administration Trump réclame un accès facilité au marché chinois pour les entreprises américaines sous peine d’appliquer son projet de taxes douanières de 60 milliards de dollars sur des produits chinois. Ce chantage a fonctionné avec la Corée du Sud qui a accepté de se plier aux exigences de Washington.

Après les menaces, les États-Unis imposent leurs conditions. L’administration Trump, qui envisage d’instaurer des taxes supplémentaires pouvant frapper jusqu’à 60 milliards de dollars de produits chinois, a demandé à Pékin d’abaisser ses droits de douane sur les voitures américaines, d’acheter davantage de semi-conducteurs américains et de faciliter l’accès de leurs entreprises à son secteur financier.
Ces exigences ont été listées dans un courrier signé par le secrétaire au Trésor, Steven Mnuchin, et le délégué au Commerce, Robert Lighthizer. La lettre a été envoyée la semaine dernière au nouveau vice-premier ministre chinois, Liu He, chargé des questions économiques à Pékin, précise le Wall Street Journal . Le quotidien américain ajoute que Steven Mnuchin envisage de se rendre à Pékin pour négocier. Son objectif est clair : réduire le colossal déficit commercial, de l’ordre de 375 milliards de dollars, que les États-Unis entretiennent avec la Chine.
« Les États-Unis doivent comprendre que le commerce international a besoin de règles et non de suprématie »
Hua Chunying, porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères
Pékin a vivement dénoncé la méthode utilisée. Hua Chunying, une porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, a appelé ce lundi les États-Unis à « cesser l’intimidation et l’hégémonie économiques ». Selon elle, « les États-Unis doivent comprendre qu’au 21e siècle, le commerce international a besoin de règles, et non de suprématie ». Le représentant de la Chine à l’OMC, Zhang Xiangchen, a également appelé lundi l’organisation genevoise à « enfermer cette bête dans la cage », en référence au projet de taxes de Donald Trump. « L’unilatéralisme est fondamentalement incompatible avec l’OMC, comme le feu et l’eau. En pleine mer, si le bateau chavire, personne n’est à l’abri de la noyade. Nous ne devrions pas rester à observer quelqu’un détruire le bateau. L’OMC est en état de siège et nous devrions tous verrouiller les armes pour la défendre », a-t-il lancé. Avant lui, selon l’agence Chine nouvelle, Liu He a déclaré au cours d’un entretien téléphonique avec Steven Mnuchin samedi, que les décisions américaines violaient les règles du commerce international et que la Chine était prête à défendre ses intérêts. Pékin a déjà fait savoir qu’elle envisageait des droits de douane sur trois milliards de dollars d’importations en provenance des États-Unis.
Toutefois en coulisse, les négociations vont bon train. Le Financial Times , qui cite des sources anonymes, croit savoir que Pékin a déjà proposé d’acheter plus de semi-conducteurs américains, lesquels se substitueraient à des produits sud-coréens et taïwanais. La Chine envisage aussi de permettre aux établissements financiers étrangers de prendre des participations majoritaires dans des sociétés de courtage. Les textes validant cette mesure pourraient être finalisés d’ici mai. De son côté, le Wall Street Journal écrit que le président chinois Xi Jinping pourrait faire des annonces concernant une plus grande ouverture aux sociétés étrangères dans certains secteurs comme l’assurance en avril, lors du Forum de Boao pour l’Asie qui réunira dans la ville du même nom des chefs d’État et des entrepreneurs.
La Corée du Sud plie
En attendant, Donald Trump a déjà réussi à faire plier la Corée du Sud. Pour échapper aux taxes américaines sur l’acier et l’aluminium, Séoul a accepté d’ouvrir davantage son marché automobile aux constructeurs américains et accepte de prolonger de 20 ans, jusqu’à 2041, des taxes américaines de 25% sur les pick-ups sud-coréens. S’agissant de l’acier, Séoul accepte un quota annuel d’exportations vers les États-Unis de 2,68 millions de tonnes, soit 70% de la moyenne de ses exportations annuelles sur les trois dernières années. En deçà de ce seuil, l’acier sud-coréen sera exempté des taxes américaines. Au-delà, les exportations sud-coréennes seront pénalisées.
Cet accord a été trouvé dans le cadre des discussions sur le traité de libre-échange appelé Korus, conclu en 2012 entre les deux pays et que Donald Trump s’était juré de remettre à plat. « Les États-Unis ont obtenu ce qu’ils voulaient. L’administration Trump avait besoin d’un résultat pour le montrer à ses partisans. Je ne sais pas si nous avons encore une monnaie d’échange pour résister aux pressions des États-Unis », a déploré le professeur Heo Yoon, spécialiste du commerce international à l’Université Sogang.


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