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Comment apprendre à être heureux

lundi 5 mars 2018 par Charles Sterlin

L’optimisme, l’espoir ou encore la bienveillance envers soi-même sont des ressources personnelles à cultiver pour vivre heureux.

« J’aime bien rêver à des choses que j’ai déjà. Quand j’ai eu mon bac, j’ai rêvé encore longtemps de l’obtenir, simplement parce que cela me paraissait impossible de l’avoir eu […] C’est peut-être une part d’enfance préservée, les “on aurait dit que…”. Avec l’âge, le jeu consiste à les appliquer à ce qu’on est déjà. » Ainsi Philippe Delerm, l’un de nos écrivains les plus attachés à goûter les « plaisirs minuscules » explique-t-il, dans son Journal d’un homme heureux (Points/Seuil) une de ses stratégies mentales pour apprécier encore davantage ce que la vie lui offre.
Le sentiment d’être heureux proviendrait-il donc essentiellement d’une manière de penser ? C’est ce que cherche à démontrer, depuis plus d’une dizaine d’années maintenant, le courant de la psychologie positive. Antonia Csillik, psychologue clinicienne et maître de conférences à l’université Paris Nanterre, précise que dans cette approche, le bien-être est essentiellement vu comme subjectif : « C’est la personne qui est la plus en mesure d’évaluer son niveau de bonheur. Mais certains traits stables de personnalité, ou ressources positives, lui permettront de maintenir ou soutenir celui-ci », affirme la psychologue, qui vient d’écrire Les Ressources psychologiques : apports de la psychologie positive (Éd. Dunod).
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Pas une semaine sans qu’une nouvelle étude soit publiée et vienne prouver scientifiquement ce qui était jusque-là perçu de manière intuitive par la plupart d’entre nous. Exemples : il a été démontré qu’une expérience répétée procure moins de plaisir qu’une première « expérience » ; aussi que les activités réalisées avec d’autres personnes apportent plus de bonheur que celles pratiquées en solitaire…
Les « cours de bonheur » entièrement dédiés à cette culture de la félicité - ses moyens comme ses accomplissements - ne cessent donc de se répandre, dans l’Hexagone comme ailleurs. Il y a quelques semaines, l’Université de Yale aux États-Unis révélait que le nouveau cours Psychology and the Good Life (« psychologie et vie heureuse »)*, animé par le professeur Laurie Santos, avait attiré près de 1 200 inscrits, soit presque un quart des étudiants de premier cycle !
Bienveillance envers soi-même
Face à une augmentation spectaculaire des cas de dépression et troubles anxieux dans les universités américaines, si compétitives et exigeantes, celles-ci ont décidé d’offrir aux étudiants une initiation à l’épanouissement personnel. Un enseignement qui reprend les suggestions de la psychologie positive pour transformer son état d’esprit : éprouver et exprimer plus de gratitude, renoncer à la procrastination, entretenir une vie sociale plus riche. À l’issue de cet enseignement, chaque étudiant devra présenter son « projet personnel d’auto-amélioration ».
Mais pour être heureux, quelles ressources personnelles seraient-elles donc à cultiver ? Parmi les plus évidentes, l’optimisme et l’espoir, dont nous avons déjà parlé ici. Mais d’autres forces sont aujourd’hui mises en évidence. La première constitue un pilier de l’acceptation de soi, comme des événements : c’est la bienveillance envers soi-même, qu’Antonia Csillik distingue de l’estime de soi, très vantée dans les années 1990. « Celle-ci impliquait une certaine comparaison sociale et poussait au narcissisme, estime la chercheuse. La bienveillance envers soi-même, au contraire, incite à accepter le fait que nous ne sommes pas parfaits. »
« La disposition à la mindfulness aurait des origines génétiques. Elle permet une autorégulation des émotions et des affects négatifs, et est pleinement liée au sentiment de bien-être ».
Antonia Csillik, psychologue clinicienne et maître de conférences à l’université Paris Nanterre
Autre ressource : la tendance à l’attention consciente, qui incite à être « pleinement attentif et conscient de ce qui se passe à l’instant présent ». Cette tendance serait innée. « La disposition à la mindfulness aurait des origines génétiques, explique Antonia Csillik. Elle permet une autorégulation des émotions et des affects négatifs, et est pleinement liée au sentiment de bien-être. »
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Pour ceux qui n’en seraient pas dotés à la naissance, pas de panique ! Certaines pratiques la favorisent amplement : la méditation et les thérapies fondées sur la mindfulness, les activités physiques où l’attention est portée sur la respiration lui sont particulièrement propices. Natation, footing, yoga… Si la personne s’y exerce en régulant son rythme sur sa respiration, de tels sports, quand ils n’impliquent pas de compétition, peuvent devenir méditatifs et leur rayonnement se diffuse dans tout le quotidien du pratiquant.
Pour les adeptes de la psychologie positive, le secret du bonheur réside donc à la fois dans des dispositions naturelles (les bienheureux !) et dans la capacité à développer celles qui manquent - le nouvel ouvrage sur les ressources d’Antonia Csillik présente exercices et stratégies en ce sens. Une sorte de training existentiel qui a pour principal effet de rendre plus solide quand les inévitables catastrophes de la vie se présentent.


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