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L’Académie du créole haïtien réclame le support de l’État

vendredi 2 mars 2018 par Charles Sterlin

Les académiciens en ont profité pour faire trois déclarations à forte teneur : l’État central ne supporte pas le travail de l’académie ; la langue créole doit être officielle à la Caricom ; le ministère de l’Éducation nationale et la Formation professionnelle méprise l’apprentissage à partir de la langue créole.

National -

Faisant face à d’innombrables difficultés, les académiciens ont fait remarquer que les autorités de l’État haïtien ne soutiennent pas les actions et les travaux de l’Académie du créole haïtien. Selon Pierre Michel Chéry, l’État devrait prendre des mesure exigeant l’usage du créole dans toutes les sphères de la société. Rien n’en est fait cependant. Cet académicien a encore souligné que de nombreux citoyens, ne pouvant pas s’exprimer en français dans les institutions publiques, sont souvent victimes de comportements discriminatoires.
« Par la faute du pouvoir central, l’académie peine à réaliser certains de ses projets », ont ajouté les représentants de l’Académie du créole haïtien. Selon eux, cette institution qui a la lourde responsabilité d’harmoniser les structures du créole haïtien avait prévu de réaliser des formations pour les employés du service public sur les méthodes d’écritures du créole haïtien, jusqu’à présent rien n’est encore fait. « C’est une initiative qui reste dans l’impasse puisqu’il nous faut le feu vert du Premier ministre Jacques Guy Lafontant », se sont plaints tristement les académiciens.
Pour ce qui est des productions de l’Akademi kreyòl Ayisyen (AKA), la mise en vente de ses œuvres nécessite l’intervention de l’État haïtien. D’après les académiciens, les travaux élaborés par l’académie sont réalisés grâce à une initiative citoyenne. Ils en ont profité pour dénoncer le comportement du Premier ministre refusant de les rencontrer, même après plusieurs rendez-vous avortés.
Sans haine ni mépris pour la langue française, Jean Pauris Jean Baptiste, le président du conseil d’administration de l’AKA, a dit souhaiter que la langue créole soit officielle au niveau de la CARICOM. Il n’entend pas lâcher la bride jusqu’à la concrétisation de ce grand rêve. « C’est un combat que nous voulons continuer à mener », a-t-il promis avant de rappeler que cette idée provient avant tout d’une plaidoirie menée par des pays de la Caricom. Ces pays ont sollicité l’aide d’Haïti en tant que leader de la langue créole dans la région, ont expliqué les académiciens. Leader de la langue créole dans la Caraïbe, Haïti n’a pas pourtant répondu à ses responsabilités, a regretté le président exécutif de l’académie.
Leurs flèches se sont aussi dirigées contre le ministère de l’Éducation nationale. Le problème linguistique en milieu scolaire, en abordant ce point avec un peu d’énervement, les académiciens estiment que le Ministère de l’Éducation nationale et de la Formation professionnelle (MENFP) méprise et néglige l’apprentissage dans la langue créole. Pour eux, le MENFP devrait prendre des mesures adéquates pour que l’apprentissage soit effectif dans la langue maternelle.
Les académiciens considèrent ce fait comme un non-sens. « Près de 40% des enfants commencent à doubler des classes dès la première année. L’apprentissage à partir du français est responsable en partie de l’échec scolaire observé surtout dans les examens officiels en Haïti. Sur chaque 1 000 élèves entrés à l’école fondamentale, 10 atteindront le niveau du baccalauréat, 1 seulement arrive à franchir la porte de l’université », a chiffré l’académicien Pierre Michel Chéry. Selon lui, il s’agit d’un gaspillage d’intelligence parce qu’une éducation dans la langue maternelle porte à coup sûr des résultats satisfaisants.
Par ailleurs, concernant le dossier de Michel DeGraff, les autres académiciens n’ont pas nié l’existence d’un différend entre lui et les autres membres de l’AKA. D’après les académiciens qui ont rendu une visite au journal, le professeur Michel DeGraff a une position plutôt théorique allant à l’encontre de la majorité. « Il ne peut pas nous imposer sa pensée minoritaire », a indiqué le président de ce prestigieux corps.

Emmanuel Thélusma
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