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Passations de pouvoirs Le ministre de l’Économie et des Finances sortant montre la voie à suivre

jeudi 16 février 2017 par Sterlin Charles

National -
Le dollar s’échangeait à 68,70 gourdes en moyenne le mercredi, neuf jours après l’installation du chef de l’État qui n’a toujours pas désigné son Premier ministre. « Aussi longtemps que nous n’arrivons pas à mettre en place un gouvernement, la dégringolade de la gourde va se poursuivre », prévient le ministre de l’Économie et des Finances Yves Romain Bastien déplorant la bataille entre l’exécutif et le législatif autour de la désignation du Premier ministre. La situation de la monnaie locale n’aurait rien à voir avec la « gestion macroéconomique », selon lui, lors d’une interview mardi sur les ondes de Radio Magik 9. « La gourde a décroché à partir du moment où on a commencé à avoir des inquiétudes sur l’installation du président Jovenel Moïse le 7 février dernier. Et ça a poursuivi avec les appréhensions concernant la mise en place d’un gouvernement », fait remarquer le ministre, qui est en train de liquider les affaires courantes.

Yves Bastien encourage le président et les parlementaires à se mettre d’accord au plus vite sur le choix d’un Premier ministre et la formation d’un gouvernement en vue de procurer au pays la stabilité dont il a besoin pour son développement. Le premier facteur du développement reste la stabilité politique qui va déboucher sur la mise en place d’infrastructures et de superstructures, ce qui favorisera la confiance, condition nécessaire aux investissements et à la création d’emplois, selon Yves Romain Bastien estimant que, dans les conditions actuelles, la stabilité politique, et la stabilité macroéconomique, la stabilité monétaire et stabilité sociale sont en danger.

Le ministre démissionnaire en profite pour adresser quelques conseils à la nouvelle équipe qui tarde à prendre forme. Il encourage la bonne gestion frisant même l’austérité. « Il est temps de sortir du gaspillage et de réduire nos dépenses », recommande-t-il en proposant des investissements dans le domaine de l’agriculture qui est le seul secteur à avoir enregistré une augmentation de 3% au cours du dernier exercice, selon lui. Yves Romain Bastien invite le prochain gouvernement à changer de paradigme en faisant preuve d’intelligence dans ses dépenses. « Nous devons nous assurer que chaque dollar dépensé produise des bénéfices économiques ou financiers, sinon la conséquence pourrait être extrêmement grave », prévient Yves Romain Bastien, qui dénonce la façon dont les fonds du PetroCaribe ont été dépensés par les administrations qui ont précédé l’équipe de la transition emmenée par Jocelerme Privert. « L’ensemble de ces investissements étaient inscrits dans une conquête de pouvoir », regrette Yves Romain Bastien comparant ce type de pratique « à la décision de laisser des jouets d’adultes entre les mains d’enfants ». -

Le ministre indique que l’équipe de la transition a été contrainte de surseoir à 583 projets financés à partir des fonds PetroCaribe. « Si on avait poursuivi l’exécution de ces projets, le pays aurait pu sauter », déclare Yves Romain Bastien mettant l’emphase sur le taux de change qui aurait pu atteindre jusqu’à 130 gourdes pour un dollar. Il précise que le gouvernement de transition avait accordé la priorité aux remboursements des dettes de l’État envers ses partenaires internationaux et au paiement des salaires en se passant des investissements publics importants. -

« Il y a eu quand même un taux de croissance 1,4%, le taux de l’inflation a été ramené à 12,5% contre de 14,5% pour l’exercice précédent », se félicite toutefois Yves Romain Bastien signalant que leur objectif a été de réduire le taux d’inflation à 10% au mois d’octobre 2016. Mais c’était sans compter avec l’ouragan Matthew qui avait provoqué des pertes estimées à près de 2.7 milliards de dollars et obligé l’État à décaisser des fonds non prévus en vue d’éviter une situation de famine dans les zones affectées. Il souligne en outre que l’État haïtien a dû faire face seul à cette situation. À l’exception de l’Union européenne qui avait contribué à hauteur de 25 millions de dollars comme appui budgétaire, aucun autre partenaire d’Haïti n’avait mis la main à la poche.

Par rapport à l’assèchement des fonds PetroCaribe et la diminution de l’aide internationale, la prochaine administration devra se serrer la ceinture pour adopter certaines décisions parfois impopulaires. Aujourd’hui, il faut absolument que l’État mette fin à la subvention du carburant qui, selon Yves Romain, ne profite qu’aux plus aisés. « Il nous faut ajuster le prix », recommande le ministre de l’Économie et des Finances sortant.
Quand le prix avait été ajusté sous Préval et Martelly, le dollar équivalait à quarante trois gourdes, parallèlement, le baril de pétrole se vendait à trente-cinq dollars sur le marché international. Aujourd’hui, note Yves Romain Bastien, le dollar américain vaut entre soixante-huit et soixante-huit gourdes cinquante alors que le baril de pétrole coûte environ cinquante-six dollars. Ce que nous avions l’habitude de générer en termes de taxe qui était proche d’un milliard de gourdes est passé à cinquante-cinq millions de gourdes en octobre 2016, mentionne-t-il.

Yves Bastien a par ailleurs souligné que les faibles recettes collectées par l’État ne lui permettent pas de répondre à ses obligations inscrites dans le budget. Les recettes internes se situent autour de 66 à 67 milliards de gourdes pour financer un budget chiffré à 121,9 milliards de gourdes pour l’exercice en cours, précise Yves Romain Bastien notant que les 11,5 milliards pour le service de la dette chaque année sont tirés des recettes. - See more at : http://lenouvelliste.com/article/168450/le-ministre-de-leconomie-et-des-finances-sortant-montre-la-voie-a-suivre#sthash.L3kr0tRb.dpuf

En août 2016, l’administration Privert - Jean-Charles a été contrainte de revenir sur sa décision d’augmenter le prix de l’essence à la pompe suite à de nombreuses dénonciations, notamment une résolution adoptée par dix-huit sénateurs sur vingt. Un épisode qui avait laissé un goût amer dans la bouche du ministre Yves Romain Bastien qui estime avoir payé un « prix psychologique fort ». « Ça prouve qu’il y a une compréhension des affaires et de notre pays qu’ils n’ont pas », rechigne-t-il.

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