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Le viol n’est pas un acte sexuel : c’est un crime

lundi 30 janvier 2017 par Sterlin Charles

National -
Si le commun des mortels recevait des informations claires sur le dixième des injustices sur terre, l’Humanité se mettrait debout et changerait le Monde.

Cette vidéo, sur les réseaux sociaux mettant à nu la souffrance de cette jeune fille assaillie est reçue comme un coup en bas de la ceinture à la société haïtienne. Quand elle crie "STOP" à ses bourreaux, elle s’adresse , également à nous, en prévision des prochaines victimes. Disons "STOP" au VIOL.

Le VIOL ce n’est pas juste une affaire de testostérone, ou un simple malentendu.Cela concerne la société, dans son ensemble. Et comme toute situation sociétale, la réalité se présente avec son éventail de complexités.

Nous affrontons, en nous attaquant à ce fléau, à ce qu’il y a de plus difficile à vaincre chez l’être humain : les Mentalités, les Croyances et les Préjugés. -

Seules l’éducation, la sensibilisation et la coercition sont les armes appropriées, pour extirper cette culture du VIOL de nos mentalités.

Ces trois outils sont connus et utilisés, depuis des décennies, heureusement, par les associations féminines haïtiennes. Elles pensent des stratégies pour diminuer dans la société la tolérance aux violences faites aux femmes. Et elles pansent les blessures psychologiques des victimes de cette violence, par un soutien dans leur démarche de quête de justice et de guérison.

Le VIOL n’est pas un acte sexuel mais un acte de violence. En 1979, sous la dictature de J.C. Duvalier, Haïti signe la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes de l’ONU. Ce n’est que grâce à une lutte acharnée des regroupements et associations de défense des droits de la femme qu’en 2005, le VIOL sera finalement reconnu comme un crime.
Vingt-cinq ans de lutte...
Ainsi va la vitesse du changement... Ce n’est pas fini, ce décret à des failles, dans les articles 279 à 281 du code pénal qui précisent les peines de 10 à 15 ans de prison, même la perpétuité, pour le contrevenant, il persiste un flou. Il ne précise pas la définition du VIOL, et la notion du consentement n’est pas suffisamment considérée.

Un autre défi est une loi non écrite, celle du silence... La peur accompagne les femmes avant, pendant et après le VIOL. De la peur d’être victime à la peur paralysante de la victime, sidérée par ce déversement de haine subite, la victime, dans la majorité des cas, ne portera pas plainte, par crainte du regard de la société et des menaces de l’agresseur qui la plupart du temps est une personne connue, voire intime.
Cela commence par de manière anodine, des remarques insistantes, une main baladeuse...
Le harcèlement sexuel n’aboutit pas nécessairement au VIOL. Par contre, souvent les VIOLS commis par les proches ou quelqu’un de l’entourage des victimes sont précédés de harcèlement.

Nous avons de la difficulté, en Haïti, à établir les frontières, entre blagues, compliments et harcèlements. Pendant que dans certains pays, ceci est régi par des lois claires.

Nous avons une vision archaïque de la femme, encore en 2017, certains hommes et femmes croient que la conjointe peut mériter une sanction physique de son époux si ce dernier trouve à redire de son comportement. Un repas raté, une désobéissance à une consigne, etc.

Par extension, le VIOL est perçu comme une conséquence "sa w tap fè a dizè di swa nan katiye sa" ou une punition " tout frekan sa ou tap fè yo, ou pral peye m sa".

On inverse les rôles, on culpabilise les victimes. L’homme est excusé à cause de sa prétendue nature sexuelle qui le rendrait impulsif. Ce qui est démenti par la proximité, en général, de l’agresseur avec sa victime et le caractère, souvent, prémédité du crime. Ce miroir leur est renvoyé par le policier qui ne prendra pas au sérieux les plaintes, le juge de paix qui poussera victimes et agresseurs à une entente à l’amiable, plutôt que de constituer la preuve et accélérer la poursuite. Le VIOL est banalisé.

Le VIOL n’est pas un acte sexuel mais sa négation. C’est en même temps, un déni de la personne, de son identité, de sa volonté. La victime devient une chose, un objet, qu’on use et dont on abuse. Il faut que cela cesse.

Apprenons à nos jeunes ce qu’est la sexualité. La version ultime de l’intimité. L’une des expériences humaines les plus épanouissantes et jouissives que Dieu nous ait donnée de vivre.

Parlons-leur de la notion de consentement et de la disposition mentale et physique comme préalables à cette expérience enrichissante qu’est la découverte de son corps et celui de l’autre, que nous avons choisi , comme partenaire.

Cultivons chez eux un regard critique face à la pornographie qui devient de plus en plus "hard". Rien n’est réel ni naturel dans un "film porno". Tout est réinventé et surdimensionné, la femme et l’homme sont réduits dans un jeu caricatural de la "salope" et la "brute". La pornographie n’est en aucun cas une alternative à la réalité.

La pornographie contribue à maintenir l’image passive de la femme et la culture du viol dans la psyché de nos enfants. A-t-on jamais vu un personnage féminin dont la volonté est écoutée et acceptée dans ce genre de films ?

"NON"
Trois lettres que le violeur ignore.... Non ! Ça veut dire Non ! Arrêtons de dire, comme dans nos chansons que les femmes sont des "rizèz"...et qu’elles disent non pour dire oui.
Non ! Ça veut dire Non ! Même lorsqu’il est murmuré et timide. Nos filles doivent le savoir . Et nos garçons doivent l’accepter.

Aly Acacia Auteur


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